—C'est ce que j'allais dire.
—Ceci. Et sortant une longue bourse de son dolman, il la lui mit dans la main; la reconnaissez-vous? dit-il.
—Oui, c'est bien la même, répondit le Mexicain en examinant minutieusement la bourse plutôt pour se donner le temps de réfléchir que pour éclaircir des doutes qu'il ne conservait pas, car depuis quelques instants ses soupçons s'étaient fixés, et il avait reconnu le personnage mystérieux en face duquel il s'était trouvé plusieurs fois déjà; veuillez reprendre cette bourse, ajouta-t-il en la lui présentant.
—Allons donc! fit le jeune homme en repoussant son bras; elle est en de trop bonnes mains; veuillez la conserver en souvenir de moi, caballero.
Matadiez salua et fit disparaître la bourse dans sa poche.
La situation se compliquait étrangement; il était évident que le jeune officier, maître du village qu'il avait fait complètement cerner par sa troupe, rendrait toute fuite impossible; d'un autre côté, une indiscrétion pouvait, d'un moment à l'autre, lui apprendre la présence de miss Anna, que, du reste, une visite domiciliaire ferait facilement découvrir; Matadiez, homme de ressources cependant, était forcé de convenir tout bas que son esprit ordinairement si fertile en expédients lui faisait complètement défaut dans la circonstance présente.
Durant le cours de toute son existence, et Dieu sait si elle avait été émaillée d'accidents de toutes sortes, il ne s'était jamais vu aussi embarrassé pour commettre une mauvaise action qu'il l'était cette fois pour en faire une bonne.
Décidément le métier d'honnête homme ne lui réussissait pas; en somme, il ne savait comment se retirer du mauvais pas dans lequel un malencontreux hasard lui avait joué le tour de le jeter.
Le jeune officier l'examinait d'un air narquois, en fixant sur lui, avec une persévérance fatigante, ses yeux perçants qui semblaient vouloir lui arracher ses plus secrètes pensées du cœur; peut-être déjà avait-il des soupçons?
Matadiez le craignit; il comprit que toute hésitation le perdrait sans ressource; il se résolut à tenter un grand coup et à jouer, ainsi qu'on le dit vulgairement, le tout pour le tout.