—Voilà la jeune fille, dit-il froidement, en montrant miss Anna debout et inquiète au milieu de la chambre.
—Ciel! s'écria-t-elle en reculant avec épouvante devant le jeune officier qui entrait paisiblement dans le rancho. Cet homme ici! je suis perdue!
Et elle s'affaissa à demi évanouie dans les bras d'Anita, qui s'était élancée pour la soutenir.
—Enfin! murmura l'Américain avec un mauvais sourire, je la tiens donc en mon pouvoir.
[XIII]
La Prisonnière.
L'officier américain, sans paraître remarquer l'émotion causée à la jeune fille par son entrée si imprévue, demeurait calme et froid devant elle, attendant paisiblement qu'elle eût repris assez de connaissance, non pas pour causer avec lui, il ne se flattait pas d'obtenir dans les circonstances présentes la faveur d'un entretien avec sa cousine, mais qu'elle pût répondre à ses questions.
Miss Anna était une nature vaillante, un cœur brave. Par un effort suprême de volonté, elle comprima en dedans d'elle-même l'émotion terrible qui lui tordait si douloureusement le cœur, et au bout de quelques minutes à peine, écartant du geste la jeune Indienne qui lui prodiguait les soins les plus délicats, elle se redressa majestueuse et sombre devant son cousin, qu'elle écrasa d'un dédaigneux sourire.
—Très bien, mon cousin, dit-elle avec une expression impossible à rendre, vous êtes homme d'imagination, car vous avez trouvé un merveilleux moyen d'obtenir de moi une entrevue.