—Il paraît que vous êtes devenu, de gentleman, bandit. Je n'insisterai pas davantage; je ne vous connais plus, Monsieur; la seule prière que je vous adresse est de me traiter avec les égards que mérite une femme de mon rang.

—Les égards ne vous manqueront pas, autant du moins, ajouta-il avec intention, qu'ils n'entraveront pas la surveillance active dont vous serez l'objet.

—C'est un si redoutable ennemi qu'une femme! mais rassurez-vous, puisque ceux sur le dévouement desquels je comptais m'ont lâchement abandonnée, je n'essaierai point de vous échapper.

Ces dernières paroles, accompagnées d'un regard foudroyant, s'adressaient évidemment à Matadiez; il le comprit et baissa les yeux avec confusion.

—Maintenant, Monsieur, continua-t-elle, veuillez me laisser; je serai prête à vous suivre à votre première injonction.

—Je vous obéis, madame, répondit-il avec un sourire railleur; mais comme j'ai de graves motifs pour n'avoir qu'une confiance médiocre en votre parole, je laisse ici cet homme. Il me répondra de vous.

Et il désigna du geste le Mexicain, toujours immobile auprès de la porte.

Miss Anna ouvrait la bouche pour répondre et probablement pour refuser cette sentinelle qu'on lui imposait si impérieusement, mais Matadiez lui fit un signe de prière d'une expression si douce et si touchante, qu'elle se tut et se borna à s'incliner avec dédain.

—A bientôt, señorita, reprit le jeune homme en lui lançant un regard furieux.

Et il sortit en repoussant avec force la porte derrière lui.