—Ce qui me semble plus extraordinaire encore, c'est que leur nombre est au moins doublé; j'avais expédié une dizaine d'hommes, et ceux-ci sont plus de vingt-cinq. Que signifie cela?
—Nous ne tarderons pas à être renseignés à ce sujet; dans un quart d'heure ils seront ici; mais il est toujours bon d'être prudent et de se tenir sur ses gardes, fais sonner le boute-selle et prendre les armes; quoi qu'il arrive, cela vaudra mieux.
Don Diego laissa son chef continuer à examiner les arrivants, et il se hâta de faire exécuter l'ordre qu'il avait reçu.
Cinq minutes plus tard, les rancheros étaient en selle et rangés en bon ordre derrière leur commandant, auquel on avait amené son cheval, et ils se tenaient prêts à tout événement.
Cependant les cavaliers approchaient rapidement. Bientôt ils arrivèrent à portée de voix. Sur un signe de don Pablo, don Diego s'avança quelques pas au-devant d'eux, leur intima l'ordre de s'arrêter et échangea avec eux les mots d'ordre et de ralliement. Mais à la première réponse qui lui fut faite, tous les doutes furent levés; ces cavaliers étaient bien les batteurs d'estrade expédiés en reconnaissance; mais la troupe qui avait été signalée, non seulement était mexicaine, mais encore se composait du reste de la cuadrilla de don Pablo de Zúñiga, que celui-ci avait laissée au camp lorsqu'il s'était résolu à escorter M. Prescott et sa fille, bien qu'en se tenant assez loin derrière l'irascible Anglais pour que celui-ci ne soupçonnât pas cette protection occulte, qu'il avait si péremptoirement refusée lorsqu'elle lui avait été offerte par don Pablo à Potosí.
Mais si le jeune homme était satisfait de voir toute sa cuadrilla, forte de plus de deux cents cavaliers, réunie sous ses ordres et mise ainsi à sa disposition au moment où il le désirait le plus, il ignorait encore comment ses soldats se trouvaient ainsi auprès de lui et par quel hasard ils lui arrivaient à l'improviste.
Aussi avait-il grande impatience d'obtenir des renseignements positifs à cet égard; sa curiosité ne fut pas mise à une longue épreuve, car cinq minutes plus tard, les batteurs d'estrade et les compagnons qu'ils avaient rencontrés en chemin entrèrent dans le camp.
Les nouvelles qu'ils apportaient avaient une grave importance. En voici le résumé en quelques mots:
Les forces mexicaines concentrées à Potosí par le président de la République avaient quitté cette ville et marchaient à la rencontre de l'armée américaine, commandée par le général Taylor.
Les Mexicains paraissaient remplis d'enthousiasme; ils étaient convaincus que les Américains, malgré le gain de trois batailles successives, ne tiendraient pas devant eux, et qu'ils parviendraient facilement, à la première rencontre, à les rejeter en désordre de l'autre côté de la frontière.