—Je vous tuerai probablement, mais cette vengeance ne me suffit pas; c'est votre déshonneur que je veux, Monsieur, votre déshonneur complet et public. Écoutez bien ceci: aussi bien il est temps d'en finir. En ce moment un parlementaire mexicain se présente aux avant-postes de votre armée, c'est le général Ampudia; il est chargé d'une lettre confidentielle pour votre commandant en chef. Vous connaissez la loyauté proverbiale du général Taylor, n'est-ce pas? Eh bien, cette lettre renferme le billet écrit par vous, signé de votre main, billet que vous avez remis à Matadiez, et dans lequel vous vous reconnaissez pour un misérable et pour un infâme.

—Ah! mon Dieu! s'écria le jeune homme avec épouvante, quel démon vous a soufflé une si odieuse vengeance?

—Celui de la haine; cependant je vous offre un marché: il en est temps encore; rendons-nous au quartier général; ordonnez que miss Anna soit remise au général Taylor.

—Après, après? s'écria-t-il haletant de rage et d'impuissance, car il se sentait vaincu par son implacable ennemi.

—Après; la lettre demeurera cachetée entre les mains du général, qui ne l'ouvrira que sur la permission verbale que je lui en donnerai moi-même demain, si pendant la bataille vous ne m'avez pas tué; je veux bien vous offrir cette chance d'un combat loyal et d'une vengeance honorable. Moi vivant, vous mort, miss Anna sera remise à son père. Acceptez-vous?

—J'accepte, démon, puisque je suis entre vos mains.

—Votre parole alors?

—Sur Dieu et mon honneur, je vous la donne.

—C'est bien; reprenez votre sabre et partons, le temps presse. Je mets bas ce déguisement, qui désormais me devient inutile. C'est don Pablo de Zúñiga que vous devez présenter au général.

—C'est l'homme que je hais le plus au monde! s'écria-t-il avec rage. Ah! la vengeance! la vengeance!