—Voilà un oiseau qui chante bien tard, dit la jeune fille avec un malicieux sourire. Je vous quitte, ne vous occupez pas de moi; mes serviteurs m'attendent à deux pas d'ici; ils sont nombreux, bien armés et braves.

—Un mot encore, señorita, je vous en supplie.

—Parlez, mais hâtez-vous, je devrais être partie depuis longtemps déjà.

—Si demain je ne me présente pas chez votre père, ne soyez pas inquiète et ne m'en veuillez pas. Il peut surgir tels événements qui, malgré moi, me retiendront loin de vous. Il m'est impossible, quant à présent, de vous en dire plus.

—Je vous entends, don Pablo; au revoir. Demain ou dans un an vous me trouverez toujours la même: triste de votre absence, heureuse de votre retour.

Et elle s'envola comme un oiseau.

—Oh mon bonheur! murmura le jeune homme en suivant du regard les plis de la robe blanche glissant à travers les arbres.

En ce moment le cri du hibou s'éleva de nouveau dans le silence, mais cette fois beaucoup plus rapproché.

Don Pablo s'assura que son sabre jouait facilement dans le fourreau, toucha sous son zarapé les crosses de ses revolvers, et plaçant deux doigts de la main droite dans sa bouche, il répondit au signal qui lui était fait, en imitant à son tour le cri du hibou. Puis retirant un loup de velours noir de sa faja, il le plaça sur son visage.

Presque aussitôt on entendit craquer les branches mortes sous les pas pressés de plusieurs individus; les broussailles furent écartées violemment, et une dizaine d'hommes masqués et enveloppés dans de longs manteaux entrèrent dans la clairière de plusieurs côtés à la fois.