Les tambours roulèrent tous à la fois et couvrirent les clameurs de la foule.

Lorsque le silence fut à peu près rétabli, le président fit avancer son cheval sur le front de bandière, et d'une voix haute et assurée:

—Que voulez-vous? dit-il. Ne suis-je pas le président élu par vos suffrages?

Sa voix fut étouffée par les cris et les hurlements de la foule, il lui fut impossible de continuer.

—A quoi bon parlementer? dit le vice-président, sabrons cette canaille!

—Cette canaille est le peuple, répondit le président, dont le mâle visage se voila de tristesse; le sang versé ne se lave jamais, il reste comme un stigmate indélébile sur celui qui l'a fait répandre.

—Ne discutons pas, agissons, le temps presse, reprit le général; dans quelques minutes il sera trop tard peut-être, je ne suis pas sûr des soldats. Ce serait une lâcheté d'abandonner le poste que le peuple vous a librement donné et de pactiser avec quelques mutins.

—Que faire? murmura le président, en laissant errer avec tristesse ses regards sur la foule frémissante.

Cependant les cris et les sifflets redoublaient, il fallait en finir d'une manière ou de l'autre: combattre, ou se retirer et s'avouer vaincu.

Le vice-président leva son épée.