Nos deux jeunes gens errèrent longtemps au bras l'un de l'autre dans les allées ombreuses du jardin, sans songer à la danse qui les conviait, et se murmurant à l'oreille de ces mots sans suite, mais si doux à entendre et à répéter, bien qu'ils soient toujours les mêmes.

Les circonstances étaient graves; selon toutes probabilités la guerre serait rude, ils allaient se séparer dans quelques heures pour ne se revoir que dans bien longtemps; aussi avaient-ils une infinité de choses à se dire. Malgré eux ils étaient tristes, l'avenir leur apparaissait voilé de sombres nuages. Quand finirait cette guerre qui commençait à peine? Comment finirait-elle? M. Prescott consentirait-il à manquer aux engagements qu'il avait pris, et à les unir? Tous ces problèmes, qui se présentaient en foule à leur esprit et auxquels ils n'entrevoyaient aucune solution avantageuse, les inquiétaient gravement, et, par instants, rembrunissaient leur entretien. Mais l'amour reprenait vite le dessus, la foi en l'avenir reparaissait entourée d'une brillante auréole, l'espérance renaissait dans leur cœur, et ils oubliaient les heures qui devaient suivre pour ne songer qu'à l'heure présente, qui les rendait si heureux.

À plusieurs reprises ils avaient de loin entrevu M. Prescott, toujours au bras du général; le regard du pauvre Anglais avait semblé les suivre d'un air de reproche, comme s'il eût imploré leur intervention pour échapper au martyre auquel, depuis son arrivée à la fête, il était condamné; mais l'amour est égoïste, il n'a d'yeux et d'oreilles que pour lui, les deux jeunes gens étaient trop absorbés par leur intéressante conversation pour s'occuper de ce qui se passait autour d'eux. Le monde n'existait plus, ou du moins ils l'avaient tout entier concentré en eux-mêmes, et s'étaient faits aveugles et sourds pour tout ce qui ne se rapportait pas à eux.

Depuis longtemps déjà ils erraient côte à côte, lorsqu'à l'entrée d'un bosquet un domestique en grande livrée leur barra respectueusement le passage.

—Que désirez-vous, mon ami? demanda don Pablo.

—Señor caballero, répondit le valet en s'inclinant, est-ce au colonel don Pablo de Zúñiga que j'ai l'honneur de parler?

—A lui-même, mon ami; ensuite?

—Je suis envoyé à la recherche de Votre Seigneurie par le général don Antonio López de Santa-Anna, qui désire l'entretenir quelques instants.

—C'est bien, mon ami. Et où se trouve en ce moment le général Santa-Anna?

—Son Excellence attend votre seigneurie dans le grand salon des glaces.