—Ce n'est que trop vrai; moi qui étais si heureux!

—Hélas! vous avez entendu, don Pablo, il faut nous séparer. Dieu sait quand nous nous reverrons, et si nous nous reverrons jamais.

—Votre père a-t-il donc l'intention de quitter le Mexique?

—Je le crains, don Pablo, bien qu'il ne cause que très rarement et fort peu avec moi, j'ai cru comprendre qu'il voulait réaliser sa fortune et abandonner ce pays, où, dit-il, toute sécurité est impossible.

—Ah! Miss Anna, c'est porter un jugement trop sévère sur une malheureuse contrée, sans cesse bouleversée, il est vrai, par des révolutions, mais qui cependant offre toujours une loyale protection aux étrangers qui l'habitent; mais cette discussion nous entraînerait trop loin, et le temps nous presse. Avez-vous toujours la même confiance en moi, miss Anna?

—En doutez-vous, don Pablo? répondit-elle en lui tendant la main avec abandon.

—Ainsi, vous ne partagez pas les préventions de votre père?

—Oh! non, don Pablo, je vous crois, au contraire, dévoué et loyal.

—Merci, miss Anna; puisqu'il en est ainsi, vous ne refuserez point de me faire connaître l'endroit où votre père compte se rendre?

—Non don Pablo, car je vous l'avoue, ce voyage m'effraie.