—Alors, bataille!

—C'est bien, vous êtes bon cavalier?

—Ne vous inquiétez pas de moi: où vous passerez je passerai.

—Alors, à la grâce de Dieu. Nous n'avons que juste le temps nécessaire pour arriver, surveillez bien votre cheval, car sur mon âme, nous allons faire une course comme jamais vous n'en aurez vu.

Les deux cavaliers se penchèrent sur le cou de leurs montures et rendant la bride en même temps qu'ils enfonçaient les éperons, ils s'élancèrent sur les traces des voyageurs.


[II]

LES VOYAGEURS

A l'époque où se passe notre histoire, le Mexique subissait une de ces crises terribles, dont les retours périodiques ont peu à peu conduit ce malheureux pays à l'extrémité où il est réduit aujourd'hui et dont il est impuissant à sortir seul. Voici en deux mots les faits tels qu'ils s'étaient passés.

Le général Zuloaga, nommé président de la république, avait un jour, on ne sait trop pourquoi, trouvé le pouvoir trop pesant pour ses épaules et l'avait abdiqué en faveur du général don Miguel Miramón, nommé en conséquence président intérimaire; celui-ci, homme énergique et surtout fort ambitieux, avait commencé à gouverner à México, où il avait tout d'abord eu le soin de faire approuver sa nomination à la première magistrature du pays par le congrès qui l'avait élu à l'unanimité et par l'ayuntamiento.