—Venez donc, reprit le président, venez donc, cher don Adolfo; c'est le ciel qui vous envoie, et il s'avança vers lui en lui tendant la main.
Don Adolfo serra respectueusement la main du président et s'assit sur un fauteuil auprès de lui.
Au moment où nous le mettons en scène, le président Miramón, ce général dont le nom était dans toutes les bouches et qui passait à juste titre pour le premier homme de guerre du Mexique comme il en était le meilleur administrateur, était un tout jeune homme; il avait vingt-six ans à peine, et pourtant que de grandes et nobles actions il avait accomplies depuis trois ans qu'il était au pouvoir!
Au physique, sa taille était élégante et bien prise, ses manières pleines de laisser-aller, sa démarche noble, ses traits fins, distingués remplis de finesse, respiraient l'audace et la loyauté, son front large était déjà plissé sous l'effort de la pensée, ses yeux noirs bien ouverts, avaient un regard droit et clair dont la profondeur inquiétait parfois ceux sur lesquels il se fixait; son visage un peu pâle et ses yeux bordés d'un large cercle bistré témoignaient d'une longue insomnie.
—Ah! fit-il joyeusement en se laissant tomber dans un fauteuil, voilà mon bon génie de retour, il va me rapporter mon bonheur envolé.
Don Adolfo hocha tristement la tète.
—Que veut dire ce mouvement, mon ami? reprit le président.
—Cela veut dire, général, que je crains qu'il ne soit trop tard.
—Trop tard? Comment cela, ne me croyez-vous donc pas capable de prendre une éclatante revanche de mes ennemis?
—Je vous crois capable de toutes les grandes et nobles actions, général, répondit-il; malheureusement la trahison vous entoure de toutes parts, vos amis vous abandonnent.