—Croyez-vous? dit Dominique; il m'a semblé pendant la marche entendre des cris d'oiseaux de nuit trop bien imités pour être vrais.
—Vous avez raison, reprit Léo Carral; ce sont les sentinelles ennemies qui s'avertissent, nous avons été éventés, mais grâce à la nuit et à ma connaissance des chemins, nous avons, provisoirement du moins, dépisté ceux qui se sont mis à notre poursuite, ils nous cherchent dans une direction opposée à celle où nous sommes.
—C'est aussi ce que j'ai cru comprendre, répondit Dominique.
Le comte écoutait avidement cette conversation, mais vainement, ce que disaient les deux hommes était de l'hébreu pour lui; pour la première fois depuis qu'il était au monde le hasard le plaçait dans une situation aussi singulière; aussi l'expérience lui manquait-elle complètement; il était loin de se douter qu'il avait traversé tous les avant-postes d'un campement ennemi, avait passé à portée de pistolets des sentinelles embusquées à droite et à gauche et échappé par miracle peut-être vingt fois à la mort.
—Señores, débarrassez les chevaux des sacs dont ils n'ont plus besoin, tandis que j'allumerai une torche d'ocote, dit alors Léo Carral.
Les jeunes gens obéirent, ils reconnaissaient tacitement le mayordomo pour chef de l'expédition.
—Eh bien, est-ce fait? demanda au bout d'un instant le mayordomo.
—Oui, répondit le comte, mais nous n'y voyons goutte, vous n'allumez donc pas votre torche?
—Elle est allumée, mais il serait par trop imprudent d'en montrer ici la lumière; suivez-moi entraînant vos chevaux par la bride.
Il reprit la tête, pour les guider, et ils avancèrent de nouveau, mais à pied, cette fois.