—Oui et non, répondit-il à demi voix.
Son visage était sombre, ses sourcils froncés à se joindre; le comte l'examina attentivement pendant un instant, et sentit redoubler son inquiétude.
—Explique-toi, lui dit-il enfin.
—A quoi bon, tu ne me comprendrais pas.
—Peut-être! Parles toujours.
—Voici le fait, à droite, à gauche et en arrière la plaine est complètement déserte; j'en ai acquis la certitude. Le danger, si véritablement il existe, n'est donc pas à redouter de ce côté, si un piège nous est tendu, si des ennemis embusqués se préparent à fondre sur nous, ce piège est en avant, ces ennemis sont cachés entre la ville et nous.
—Qui te fait supposer cela?
—Des indices pour moi certains, et que ma longue habitude du désert m'a fait reconnaître du premier coup; dans les régions où nous sommes les hommes négligent généralement toutes ces précautions usitées dans les prairies, et dont l'oubli d'une seule entraînerait la mort immédiate de l'imprudent chasseur ou guerrier qui aurait dénoncé ainsi sa présence à ses ennemis; ici, les pistes sont faciles à reconnaître et plus faciles à suivre, car elles sont parfaitement visibles pour l'œil même le plus inexpérimenté; écoute bien ceci: depuis l'Arenal, nous avons été je ne dirai pas suivi, le terme n'est pas juste en cette circonstance, mais flanqué à notre droite par une nombreuse troupe de cavaliers qui à une distance d'une portée de fusil tout au plus galopait dans la même direction que nous; cette troupe, quelle qu'elle soit, a fait un crochet à une demi lieue d'ici, s'appuyant un peu sur la gauche, comme si elle voulait se rapprocher de nous, puis elle a redoublé de vitesse, nous a dépassés, et s'est engagé devant nous dans le sentier sur lequel nous sommes, de sorte que nous la suivons en ce moment.
—Tu conclus de cela?
—Je conclus que la situation est grave, critique même et que, quelles que précautions que nous prenions, je crains bien que nous ayons affaire à trop forte partie; remarques comme le sentier se rétrécit peu à peu, comme les bords de la route s'escarpent, nous nous trouvons maintenant dans un cañon, dans un quart d'heure, vingt minutes au plus, nous atteindrons l'endroit où ce cañon débouche dans la plaine: c'est là, sois-en sûr, que nous attendent ceux qui nous guettent.