—Feu, dit-il.
Une effroyable détonation se fit entendre et un ouragan de fer s'abattit sur la petite troupe.
—En avant! En avant! cria le comte.
Les peones s'élancèrent avec des hurlements de colère contre la barricade.
La lutte était engagée, lutte terrible, épouvantable, car les peones savaient qu'il ne leur serait pas fait quartier par leurs féroces adversaires et ils combattirent en conséquence, faisant des prodiges de valeur, non pas pour vaincre, ils ne le croyaient pas possible, mais pour ne pas tomber sans vengeance.
Don Andrés s'était arraché des bras de sa fille qui vainement avait essayé de le retenir, et armé seulement d'une machette il s'était résolument jeté au plus fort de la mêlée.
L'élan des peones avait été si impétueux que la barricade avait été franchie du premier bond et les deux partis s'étaient attaqués à l'arme blanche, trop rapproché, l'un de l'autre pour se servir de leur fusils ou de leurs pistolets.
Les partisans, placés sur les hauteurs, étaient forcément réduits à l'inaction par la crainte de blesser leurs amis, tant les deux troupes s'étaient confondues.
Don Melchior était loin de s'attendre à une si vigoureuse résistance de la part des peones; grâce à la position avantageuse qu'il avait choisie, il avait cru la victoire facile et il avait compté sur une soumission immédiate. L'événement dérangeait singulièrement ses calculs, les conséquences de son action commençaient à lui apparaître: Cuellar, qui aurait sans doute pardonné une trahison accomplie sans coup férir, ne lui pardonnerait pas d'avoir ainsi fait tuer sottement ses soldats les plus braves.
Ces pensées redoublaient la rage de don Melchior.