—Le troisième est un jeune homme d'une belle et gracieuse figure, d'une voix douce, de manières distinguées, plus terrible à lui seul à ce qu'on dit que les deux autres ensemble, bien que n'ayant pas de titre officiel; il paraît disposer d'un grand pouvoir, il passe pour un agent secret de Juárez.

—Son nom?

—Don Diego Izaguirre.

Le visage de l'aventurier s'éclaircit.

—Bon, fit-il avec un sourire, l'affaire n'est pas aussi désespérée que je le craignais, nous réussirons.

—Le croyez-vous?

—J'en suis sûr.

—Le ciel vous entende! s'écrièrent les deux dames en joignant les mains.

Cependant doña Maria, depuis l'arrivée du soi-disant baron, était en proie à une préoccupation extraordinaire; tandis que le jeune homme causait avec don Jaime, elle le regardait avec une fixité étrange; elle se sentait les yeux pleins de larmes, la poitrine oppressée; elle ne comprenait rien à l'émotion que lui causait la vue et le son de la voix de cet élégant jeune homme qu'elle voyait cependant pour la première fois; vainement elle cherchait dans ses souvenirs, où déjà elle avait entendu cette voix dont l'accent avait pour elle quelque chose de doucement sympathique qui lui allait au cœur; elle étudiait le beau et loyal visage du vaquero comme si elle eût voulu retrouver dans ses traits une ressemblance fugitive, avec une personne que jadis elle avait connue; mais tout était chaos dans sa mémoire; une barrière infranchissable semblait s'élever entre le présent et le passé, comme pour lui prouver quelle se laissait dominer par une espérance folle, et que l'homme qui se trouvait devant elle, lui était bien réellement étranger.

Don Jaime suivait attentivement sur le visage de doña Maria les divers sentiments qui venaient tour à tour s'y refléter, mais quelle que fût son opinion à ce sujet, il demeurait froid, impassible et indifférent en apparence, aux péripéties de ce drame intime qui cependant devait l'intéresser au plus haut point.