Cet homme était don Melchior de la Cruz; un couteau à manche de vermeil curieusement fouillé, à lame large, longue et affilée comme une langue de vipère, était placé sur une table basse en bois de santal à portée de sa main auprès de deux magnifiques pistolets revolvers à six coups de fabrique française et portant le nom de Devisme gravé sur les canons.
Même au milieu de Puebla, dans sa propre maison, don Melchior jugeait convenable de se tenir en garde contre une surprise ou une trahison.
Du reste, ses craintes n'avaient rien d'exagéré, car l'homme qui se trouvait en ce moment devant lui pouvait à bon droit être réputé comme un de ses ennemis les plus redoutables.
L'aventurier le considéra pendant quelques secondes, enfin il s'avança doucement vers le hamac sans que ses pas produisissent le moindre bruit, tant il semblait, glisser sur le petate.
Il prit les revolvers, les fit disparaître sous sa robe, s'empara du couteau, puis il toucha légèrement le dormeur.
Si léger qu'eût été cet attouchement, il suffit cependant pour éveiller don Melchior.
Il ouvrit aussitôt les yeux et étendit le bras vers la table par un mouvement machinal.
—C'est inutile, lui dit froidement Olivier, les armes n'y sont plus.
Au son de cette voix bien connue, don Melchior se redressa comme poussé par un ressort, et fixant un œil hagard sur l'homme immobile devant lui:
—Qui êtes-vous? lui demanda-t-il d'une voix étranglée par l'épouvante.