Plus tard, lorsque don Antonio, à demi guéri, s'était échappé de la grotte où on le soignait, les deux hommes s'étaient rencontrés de nouveau; plus heureux cette fois, don Melchior avait rendu à don Antonio des services importants.

Celui-ci, à son tour, s'était, en plusieurs circonstances, trouvé à même de faire profiter le jeune homme du crédit occulte dont il disposait.

Seulement, si don Antonio connaissait à fond les affaires de son associé, le but qu'il se proposait et les moyens qu'il comptait employer pour l'atteindre, il n'en était pas de même de don Melchior à l'égard de don Antonio de Cacerbar; celui-ci demeurait pour lui à l'état d'énigme indéchiffrable. Cependant le jeune homme, bien que plusieurs fois déjà il eût essayé de faire parler son ami et de l'amener à des confidences qui lui auraient donné certaines prérogatives, sans jamais y parvenir, ne renonçait pas à réussir à découvrir un jour ce que l'autre paraissait avoir tant d'intérêt à cacher.

Le dernier service que don Antonio lui avait rendu en le faisant si à l'improviste échapper à l'implacable justice des affiliés de l'Union et Force avait placé, provisoirement du moins, don Melchior sous sa dépendance.

Don Antonio sembla mettre un certain point d'honneur à ne pas rappeler à don Melchior l'immense danger dont il l'avait sauvé; il continua à le servir ainsi qu'il l'avait fait jusque-là.

Le premier soin du jeune homme, en rentrant dans Puebla, avait été de se rendre en toute hâte au couvent où, après l'avoir enlevée, il avait relégué sa sœur; mais, ainsi qu'il en avait le pressentiment secret, il trouva la jeune fille disparue et le couvent vide.

Don Antonio ne lui avait dit à ce sujet qu'une phrase de dix mots, mais cette phrase avait une éloquence terrible.

—Il n'y a que les morts qui ne s'échappent pas, avait-il dit.

Don Melchior avait courbé la tête en reconnaissant la justesse de ces paroles.

Toutes les recherches du jeune homme dans Puebla furent vaines, nul ne put ou ne voulut lui rien dire; la supérieure du couvent fut muette.