Les deux bandits concertaient sans doute entre eux les mesures les plus efficaces qu'ils comptaient employer afin de contraindre l'Espagnol à révéler son secret et à se mettre à leur merci.

—Don Andrés, dit au bout d'un instant avec un ricanement nerveux le guérillero, puisqu'il en est ainsi, je me ferai un scrupule d'interrompre votre voyage; avant de retourner à la Veracruz nous nous rendrons de compagnie à votre hacienda del Arenal, où nous serons beaucoup plus commodément que sur cette route pour parler d'affaires, veuillez, je vous prie, remonter dans votre voiture, nous partons; d'ailleurs votre fille, la charmante Dolores, a besoin sans doute d'être rassurée.

Le vieillard pâlit, car il comprit toute l'horrible portée de la menace que lui faisait le bandit, il leva les yeux au ciel et fit un mouvement pour se rapprocher de la voiture.

Mais au même instant un galop furieux se fit entendre, les soldats s'écartèrent avec épouvante et un cavalier, arrivant à fond de train, pénétra comme un ouragan au centre du cercle qui s'était formé autour de la berline.

Ce cavalier était masqué, un voile noir couvrait entièrement son visage, il arrêta brusquement son cheval sur les pieds de derrière et fixant sur le guérillero ses yeux qui brillaient comme des charbons ardents à travers les trous du voile qui le cachait:

—Que se passe-t-il donc ici? demanda-t-il d'un ton bref et menaçant.

Par un geste instinctif, le guérillero pesa sur la bride et fit reculer son cheval sans répondre.

Les soldats et l'officier lui-même se signèrent avec terreur en murmurant à demi-voix:

—El Rayo! El Rayo!

—Je vous ai interrogé, reprit l'inconnu après quelques secondes d'attente.