—C'est vrai, mais par quel moyen?

—Écoutez-moi: cette bague que je porte au doigt renferme un poison d'une force extrême, il ne faut qu'ouvrir le chaton et respirer son contenu pour tomber mort; ce poison tue sans souffrance avec la rapidité de la foudre. Un de mes ancêtres rapporta cette bague de la Nouvelle-Espagne, où il avait été vice-roi. Vous connaissez la science profonde des Indiens pour composer les poisons; voici la bague, je vous l'offre, la voulez-vous?

—Certes, s'écria-t-il en s'en emparant et la cachant vivement dans sa poitrine; merci, monsieur le comte, vous ne me devez plus rien, nous sommes quittes; vous faites plus pour moi par le don de cette bague que je n'ai fait pour vous; grâces vous soit rendues! Je vous devrai d'échapper, ainsi que mes pauvres amis, au sort ignominieux qui nous attend.

Ils se rapprochèrent alors des autres personnes qui, voyant leur entretien terminé, avaient aussitôt cessé le leur.

—Messieurs, dit Bras-Rouge, je vous remercie sincèrement d'avoir daigné assister à la révélation que ma conscience m'ordonnait de faire, maintenant je me sens plus tranquille; quelques instants bien courts me séparent de la mort. Serait-ce trop vous demander que de vous prier de me laisser passer ces quelques instants auprès de mes deux compagnons qui, condamnés comme moi, doivent eux aussi mourir aujourd'hui.

—C'est une suprême consolation, dit l'aumônier. Le directeur de la prison réfléchit une minute.

—Je ne vois aucun inconvénient à vous accorder cette demande, dit-il enfin; je vais donner les ordres nécessaires pour que vos compagnons soient amenés ici, vous demeurerez ensemble jusqu'au moment de l'exécution.

—Merci, monsieur, s'écria Bras-Rouge avec effusion, cette grâce, la seule que vous me puissiez accorder, est pour moi d'un grand prix; soyez béni pour tant de bonté!

Sur l'ordre du directeur de la prison, la sentinelle appela le geôlier qui accourut et ouvrit le cachot.

—Adieu, messieurs, dit le condamné, Dieu soit avec vous!