—Tout autant, cher seigneur; vous comprenez bien, n'est-ce pas? Que je ne suis pas homme à mettre ainsi gratuitement une affaire sur les bras d'un de mes amis.

—Mais Cuellar n'est pas de vos amis.

—C'est vrai; voilà pourquoi je regrette de m'adresser à lui.

—Mais de quoi s'agit-il donc, en fait?

—C'est un secret.

—Ne suis-je pas votre ami? Soyez assuré que je serai muet comme une tombe.

Don Diego parut réfléchir.

—Vous me promettez le silence?

—Je vous le jure sur l'honneur.

—Oh! Bien, rien ne m'empêche de parler alors. Voici tout simplement ce dont il s'agit: je ne vous apprendrai rien, colonel, en vous disant que de nombreux espions, servant à la fois les deux causes, vendent sans scrupule aucun, à Miramón, les secrets de nos opérations militaires, de même qu'ils se font payer à beaux deniers comptants les renseignements qu'ils nous fournissent sur celles de l'ennemi. Or, le gouvernement de Son Excellence don Benito Juárez a, en ce moment, les yeux ouverts sur les machinations de deux hommes qui sont fortement soupçonnés de jouer ce double rôle; mais les individus dont il s'agit sont doués d'une si merveilleuse finesse, leurs mesures sont si bien prises, que, malgré la quasi certitude morale qui existe contre eux, il a été jusqu'à présent impossible d'obtenir la preuve la plus légère de la vérité: ce sont ces deux hommes qu'il faudrait démasquer en s'emparant de leurs papiers, sur la remise desquels quinze mille piastres seraient immédiatement comptés en sus des dix mille donnés d'avance. Une fois ces preuves entre les mains, le général gouverneur n'hésiterait pas à les traduire devant une cour martiale. Vous voyez que cette affaire n'a rien que d'honorable pour celui qui s'en chargera.