Ainsi que don Jaime le lui avait prédit, la façon tant soit peu brutale dont le général Márquez avait exécuté ses ordres, et l'acte même foncièrement illégal de s'emparer des fonds de la Convention, avait fatalement entaché le caractère jusque-là si pur de tout arbitraire et de toute spoliation du jeune président.

En apprenant cette nouvelle, les membres du corps diplomatique, entre autres l'ambassadeur d'Espagne et le chargé d'affaires de France, qui penchaient plutôt pour Miramón que pour Juárez, à cause de la noblesse de son caractère et de l'élévation de ses vues, avaient, dès ce moment, considéré la cause du parti modéré représenté par Miramón comme irrémissiblement perdue, à moins d'un de ces miracles si fréquents en révolution, mais dont rien ne faisait soupçonner la possibilité. D'ailleurs, la somme comparativement fort importante des bons de la Convention, jointe à celle que don Jaime avait fait remettre au président, n'avait pas suffi, non pas à combler le déficit, il était énorme, mais seulement à le diminuer sensiblement.

La plus grande partie de l'argent avait été employée à payer les soldats qui, n'ayant pas touché de solde depuis trois mois, commençaient à faire entendre des cris séditieux et menaçaient de déserter en masse.

L'armée payée ou à peu près, Miramón ouvrit des enrôlements dans le but de l'augmenter, afin de tenter une dernière fois la fortune des combats, résolu à défendre pied à pied le pouvoir qui lui était librement confié par les représentants de la nation.

Cependant, malgré la confiance qu'il affectait, le jeune et aventureux général ne se faisait pas illusion sur ce que sa position avait de déplorable, vis-à-vis des forces de plus en plus considérables et réellement imposantes des puros, ainsi que se nommaient eux-mêmes les partisans de Juárez; aussi, avant de jouer sa dernière partie, voulût-il essayer du dernier moyen en son pouvoir c'est-à-dire une médiation diplomatique.

L'ambassadeur d'Espagne, à son arrivée au Mexique, avait reconnu le gouvernement de Miramón; ce fut donc à ce diplomate, qu'en désespoir de cause, s'adressa le président aux abois, dans le but d'obtenir une médiation des ministres résidents afin de tenter par la conciliation d'arriver au rétablissement de la paix, proposant de se soumettre à certaines conditions dont voici les plus importantes:

Premièrement, les délégués choisis par les deux partis belligérants, conférant avec les ministres européens et celui des États-Unis, conviendraient de la façon de rétablir la paix.

Secondement: Ces délégués nommeraient la personne qui devrait conserver le gouvernement de toute la république pendant qu'une assemblée générale résoudrait les questions qui divisaient les Mexicains.

Troisièmement enfin: on déterminerait également la manière de convoquer le Congrès.

Cette dépêche, adressée le 3 octobre 1860 au ministre d'Espagne, se terminait par ces paroles significatives qui montraient bien la lassitude de Miramón et le désir réel qu'il avait d'en finir: