A onze heures on sonna le boute-selle et chacun se mit en devoir de reprendre son rang.
On approchait de Toluca, lieu où le président avait résolu d'attendre l'ennemi.
Le chemin coupé de ravins profonds, à travers lesquels on ne pouvait passer qu'avec des difficultés extrêmes, devenait presqu'impraticables; cependant les soldats ne se décourageaient pas, c'était l'élite des troupes de Miramón, ses plus fidèles partisans, ceux qui l'avaient accompagné depuis le commencement de la guerre; ils redoublaient d'ardeur devant les obstacles qu'ils surmontaient en riant, encouragés par l'exemple de leur jeune général qui marchait bravement en avant, et leur donnait ainsi l'exemple de la patience et de l'abnégation.
Le général Cobos avait été détaché en éclaireur avec une vingtaine d'hommes résolus afin de surveiller la marche de l'ennemi, et d'avertir le président dès qu'il l'apercevrait, en se repliant aussitôt sans se laisser voir sur le gros de l'armée.
Soudain Miramón aperçut trois cavaliers qui accouraient à toute bride vers lui; supposant avec raison que ces cavaliers étaient porteurs d'une nouvelle importante, il éperonna son cheval et s'élança au devant d'eux.
Bientôt il les eut rejoints.
De ces trois hommes deux étaient des soldats, le troisième bien monté et armé jusqu'aux dents, paraissait être un paysan.
—Quel est cet homme? demanda le président en s'adressant à un des soldats.
—Excellence, répondit l'un d'eux, cet individu s'est présenté au général en demandant à être conduit vers vous, il est porteur, dit-il, d'un pli qui doit vous être remis personnellement.
—Qui t'envoie vers moi? demanda le président à l'inconnu, immobile devant lui.