L'ayuntamiento, en corps, attendait le président à l'entrée de la ville pour lui adresser ses félicitations; les troupes défilèrent entre deux haies compactes de peuple poussant de frénétiques vivats, agitant les mouchoirs et les chapeaux et tirant force pétards en signe de réjouissance; les cloches malgré l'heure avancées sonnaient à toute volée et les nombreux chapeaux à la basile des membres du clergé mêlés à la foule prouvaient que les prêtres et les moines, si froids la veille même pour l'homme qui toujours les avait soutenus, avaient, à la nouvelle de sa victoire, senti subitement se réveiller leur enthousiasme endormi.

Miramón traversa toute cette foule, calme, impassible, rendant, avec une imperceptible expression d'ironie, les saluts qui lui étaient incessamment adressés à droite et à gauche.

Il mit pied à terre devant le palais; un peu en avant de la porte, un homme se tenait immobile et souriant.

Cet homme était l'aventurier.

En l'apercevant, Miramón ne put réprimer un mouvement de joie.

—Ah! Venez, venez, mon ami, s'écria-t-il, en allant à lui.

Et à la stupéfaction générale, il passa son bras sous le sien et l'entraîna dans l'intérieur du palais.

Lorsque le président eut atteint le cabinet particulier, dans lequel il travaillait habituellement, il se jeta dans un fauteuil, et essuyant, avec un mouchoir, son visage baigné de sueur.

—Ouf! s'écria-t-il, d'un ton de mauvaise humeur, je suis rompu! Cette stupide palinodie, à laquelle j'ai été malgré moi contraint d'assister, m'a sur l'honneur plus brisé de fatigue que tous les autres événements de cette journée, cependant si féconde en péripéties extraordinaires.

—Bien, répondit affectueusement l'aventurier, je suis heureux de vous entendre parler ainsi, général; je craignais que vous vous ne fussiez laissé griser par votre succès.