—Non, ils sont tous frais au contraire, dit López en donnant à l'aventurier un fusil double, une paire de revolvers et une machette; d'après vos ordres, je suis allé au corral où j'ai laissé nos chevaux fatigués, j'ai sellé Mono et Zopilote qui sont ceux-ci, et je suis revenu vous attendre.
—Tu as bien fait; en route!
Ils s'éloignèrent alors, traversèrent la place déserté et, après quelques détours, faits sans doute dans le but de dépister les espions qui auraient pu les surveiller dans les ténèbres, ils prirent enfin la direction de Bucareli.
A México, dès que la nuit est tombée, il est défendu, à moins d'une permission spéciale qui ne s'obtient que fort difficilement, de circuler à cheval dans les rues; cependant l'aventurier semblait fort peu se préoccuper de cette défense, du reste son audace était parfaitement justifiée par l'apparente indifférence des celadores dont ils rencontraient bon nombre sur leur passage et qui les laissaient galoper à leur guise sans risquer la moindre protestation à cet égard.
Lorsque les deux cavaliers se trouvèrent assez éloignés du palais pour ne plus redouter d'être suivis, chacun d'eux sortit un demi-masque noir de sa poche et l'appliqua sur son visage; cette précaution prise contre les curieux qui malgré l'obscurité auraient pu les reconnaître, ils reprirent leur course.
Ils ne tardèrent pas à atteindre l'entrée du paseo de Bucareli; l'aventurier s'arrêta, et après avoir d'un regard perçant essayé de sonder les ténèbres il fit entendre un sifflement aigu et prolongé.
Aussitôt une ombre se détacha de l'enfoncement d'une porte où elle se trouvait parfaitement cachée et s'avança jusqu'au milieu de la rue; arrivée là, cette ombre ou plutôt cet homme s'arrêta et attendit sans prononcer une parole.
—Est-il passé quelqu'un par ici depuis trois quarts d'heure? dit l'aventurier.
—Oui et non, répondit laconiquement l'inconnu.
—Explique-toi.