Le parti de l'aventurier fut pris aussitôt: plaçant la lame de son couteau entre le pêne de la serrure et la gâche, il avait ouvert la porte sans bruit, s'était silencieusement approché du guérillero et lui avait révélé sa présence de la façon tant soit peu brutale que nous avons rapportée à la fin du chapitre précédent.
Le guérillero était brave, cependant l'apparition soudaine de l'aventurier et la vue des revolvers dirigés vers lui l'avaient atterré.
Don Jaime profita de cet instant de prostration; sans désarmer ses pistolets, il marcha droit à la porte par laquelle don Melchior et don Antonio s'étaient retirés, la ferma solidement en dedans afin d'éviter toute surprise, puis il revint à pas lents vers la table, s'assit sur un escabeau, posa ses pistolets tout armés devant lui, et laissant tomber son manteau.
—Causons, dit-il.
Bien que ce mot eût été prononcé d'une voix assez douce, cependant l'effet qu'il produisit sur le guérillero fut immense.
—El Rayo! s'écria-t-il avec un frisson de terreur en apercevant le masque noir qui couvrait le visage de son singulier interlocuteur.
—Ah! Ah! fit celui-ci avec un ricanement ironique, vous me reconnaissez, cher seigneur don Felipe.
—Que me voulez-vous? balbutia-t-il.
—Plusieurs choses, répondit l'aventurier, mais procédons par ordre, rien ne nous presse.
Le guérillero se versa un plein gobelet de refino de Cataluña, le porta à ses lèvres et le vida d'un seul coup.