Alors il s'appliqua à faire comprendre, dans un discours rempli de cœur, à ces représentants de la population de la capitale, que son intention n'avait jamais été d'attendre l'armée ennemie derrière les murs de la ville, qu'il était au contraire décidé à l'aller attaquer en rase campagne et que, quelque fût le résultat de la bataille qu'il se proposait de livrer, la ville n'aurait pas à redouter un siège.

Cette assurance calma un peu les craintes de la population et arrêta comme par enchantement les tentatives de désordre et les cris séditieux que les partisans cachés de Juárez excitaient sourdement dans les groupes rassemblés sur les places et qui, depuis deux ou trois jours, y stationnaient continuellement, y bivouaquant même la nuit.

Lorsque le Président crut avoir pris toutes les mesures de prudence que les circonstances exigeaient, pour attaquer l'ennemi sans trop de désavantage, tout en laissant dans la ville des forces nécessaires pour la maintenir dans le devoir; il réunit un dernier conseil de guerre, afin de discuter le plan le plus convenable pour surprendre et battre l'ennemi.

Ce conseil de guerre dura plusieurs heures. Nombre de projets furent émis, dont quelques-uns ainsi que cela arrive toujours en pareille circonstance étaient impraticables et dont d'autres s'ils avaient été adoptés auraient peut-être sauvé le gouvernement.

Malheureusement dans cette circonstance le général Miramón, ordinairement si sensé et si prudent, se laissa emporter par son ressentiment personnel, au lieu de considérer le véritable intérêt national.

Don Benito Juárez est avocat: nous constaterons en passant, que depuis la proclamation de l'indépendance mexicaine, ce personnage est le seul président de la République qui ne soit pas sorti des rangs de l'armée et appartienne à la magistrature. Or, Juárez n'étant pas militaire ne pouvait se mettre à la tête de son armée; aussi avait-il fixé sa résidence à la Veracruz, dont provisoirement il avait fait sa capitale, et avait nommé don González Ortega général en chef avec les pouvoirs les plus étendus quant à la question de stratégie militaire; s'en rapportant entièrement à ses connaissances spéciales et à son expérience pour la conduite de la guerre; mais il s'était réservé complètement la question diplomatique; ne voulant pas que le général Ortega, brave soldat, mais fort mauvais négociateur, compromît, par une générosité mal entendue, les succès qu'il attendait de sa politique cauteleuse et sournoise.

Le général Ortega était celui par lequel Miramón avait été vaincu à Silao; le ressentiment de cette défaite était resté toujours présent dans le cœur du président et il éprouvait le plus vif désir de laver l'affront qu'il avait reçu en cette circonstance; aussi, oubliant sa prudence habituelle, contre l'avis de ses plus sages conseillers, il insista dans le conseil, pour que la première attaque fût dirigée contre le corps à la tête duquel se trouvait Ortega.

Du reste, les motifs qu'il alléguait pour faire adopter cette résolution, bien qu'assez spécieux, ne manquaient pas cependant d'une certaine logique.

Il prétendait que Ortega, commandant en chef et se trouvant à la tête du corps le plus nombreux, onze mille hommes, s'il réussissait à le battre, la démoralisation se mettrait dans l'armée ennemie, dont on aurait alors bon marché.

Le Président soutint son opinion avec tant d'éloquence et d'opiniâtreté, qu'il finit par vaincre l'opposition des membres du conseil et faire définitivement adopter le plan qu'il avait conçu; une fois cette décision prise, le général, ne voulant pas perdre un instant pour la mettre à exécution, indiqua pour le lendemain une revue de toutes les troupes et fixa le départ pour le jour même afin de ne pas laisser refroidir l'enthousiasme des soldats.