Les cavaliers poussèrent des cris de rage et chargèrent résolument l'ennemi.

Il y eut une lutte gigantesque de trois cents hommes contre trois mille: la cuadrilla disparut tout entière comme si elle eût été subitement engloutie sous la masse formidable de ses adversaires.

Puis les Juaristes commencèrent à osciller, leurs rangs se disjoignirent, il se fit une trouée et par cette trouée passa la cuadrilla entraînant au milieu d'elle don Melchior prisonnier.

—Au président! Au président! s'écria don Jaime en s'élançant suivi de toute sa troupe vers Miramón qui essayait vainement de rallier quelques détachements.

Les lieutenants de Miramón, qui tous étaient ses amis, ne l'avaient pas abandonné: ils avaient juré de mourir avec lui.

La cuadrilla fournit une dernière charge afin de dégager le général.

Puis, après avoir jeté un regard désolé sur le champ de bataille, Miramón se décida enfin à écouter ses fidèles et à se mettre en retraite; à peine lui restait-t-il de toute son armée un millier d'hommes, les autres étaient morts, dispersés ou passés à l'ennemi.

Les premiers instants de la retraite furent terribles; Miramón était en proie à une immense douleur causée non pas par sa défaite qu'il avait prévue, mais par la lâche trahison dont il avait été victime.

Lorsqu'on ne craignit plus d'être atteint par l'ennemi, le président ordonna une halte pour laisser souffler les chevaux.

Miramón appuyé contre un arbre, les bras croisés sur la poitrine, la tête basse, gardait un silence farouche que ses généraux immobiles près de lui n'osaient se hasarder à rompre.