Les sept cavaliers quittèrent la maison et se dirigèrent vers la place Mayor, où les troupes se réunissaient.

Les maisons étaient illuminées, une foule immense circulait à travers les rues; mais la tranquillité la plus parfaite régnait dans la ville, incessamment parcourue dans tous les sens par de fortes patrouilles, de Français d'Anglais et d'Espagnols, qui veillaient avec la plus généreuse abnégation au maintien de l'ordre et de la sûreté générale, pendant cet intervalle d'anarchie qui sépare toujours la chute d'un gouvernement de l'installation de celui qui le remplace.

La place Mayor était fort animée, les soldats fraternisaient avec le peuple, causant et riant comme si ce qui se passait en ce moment était la chose la plus ordinaire du monde.

Le général Miramón, entouré d'un groupe assez nombreux composé des officiers demeurés fidèles à sa cause, ou qui trop compromis pour espérer d'obtenir de bonnes conditions des vainqueurs préféraient l'accompagner dans sa fuite à demeurer dans la ville, feignait un calme et un enjouement fort loin sans doute de son cœur; du reste, il causait avec une remarquable liberté d'esprit, défendant sans aigreur les actes de son gouvernement, et prenant congé sans reproches et sans récriminations de ceux qui par égoïsme l'avaient abandonné et dont sa chute était l'ouvrage.

—Ah! fit-il en apercevant don Jaime et en faisant un mouvement vers lui, vous venez donc bien décidément avec moi? J'avais espéré que vous changeriez d'avis.

—Eh! Général, répondit-il gaiement, le mot est tout au plus aimable.

—Vous savez bien que vous ne devez pas le prendre en mauvaise part.

—La preuve, c'est que je vous amène deux de mes amis qui veulent absolument vous suivre, général.

—Je les prie de recevoir tout mes remercîments: un homme est heureux en tombant de si haut d'avoir des amis pour lui rendre la chute moins lourde.

—C'est ce dont vous ne devez pas vous plaindre, général, car vous ne manquez pas d'amis, lui répondit le comte en s'inclinant.