—A México! fit avec étonnement Olivier.

—Hélas oui, monsieur! Cela est ainsi; je ne m'appartiens pas, je subis en ce moment l'influence d'une volonté étrangère. Je viens tout simplement dans ce pays pour me marier.

—Vous marier? Au Mexique? Vous, monsieur le comte, s'écria Olivier avec étonnement.

—Mon Dieu oui, tout prosaïquement, avec une femme que je ne connais pas, qui ne me connaît pas davantage et qui sans doute n'a pas plus d'amour pour moi que je n'en ai pour elle; nous sommes parents, nous avons été fiancés au berceau et maintenant le moment est arrivé de tenir la promesse faite en notre nom par nos pères; voilà tout.

—Mais alors cette jeune personne est donc Française?

—Pas le moins du monde, elle est Espagnole au contraire, je la crois même un peu Mexicaine.

—Mais vous êtes Français, vous, monsieur le comte?

—Certes, et Français de la Touraine encore, répondit-il en souriant.

—Mais alors, permettez-moi cette question, monsieur le comte, comment se fait-il...

—Oh! Bien naturellement, allez; l'histoire ne sera pas longue, et puisque vous paraissez disposé à l'écouter je vous la dirai en deux mots. Mon nom vous le connaissez, je suis le comte Ludovic Mahiet de la Saulay; ma famille, originaire de Touraine, est une des plus anciennes de cette province, elle remonte aux premiers Francs: un de mes ancêtres fut, dit-on, un des leudes du roi Clovis qui lui fit don pour ses bons et vaillants services de vastes prairies bordées de saules d'où plus tard ma famille tira son nom. Je ne vous cite pas cette origine par un sentiment déplacé d'orgueil. Bien que noble de fait et d'armes, j'ai été, grâce à Dieu, élevé dans des idées de progrès assez larges pour savoir ce que vaut un titre à l'époque où nous vivons et reconnaître que la véritable noblesse réside tout entière dans les sentiments élevés; seulement j'ai dû vous apprendre ces particularités, touchant ma famille, afin que vous compreniez bien comment mes ancêtres, qui toujours ont occupé de hauts emplois sous les diverses dynasties qui se sont succédé en France, sont arrivés à avoir une branche cadette de la famille espagnole tandis que la branche aînée restait française. A l'époque de la Ligue, les Espagnols appelés par les partisans des Guises avec lesquels ils avaient fait alliance contre le roi Henri IV, qu'on ne nommait encore que le roi de Navarre, tinrent pendant un laps de temps assez long garnison à Paris. Je vous demande pardon, cher monsieur Olivier, d'entrer ainsi dans des détails qui doivent vous sembler bien oiseux.