—Oh, oh! Monsieur Olivier, laissez moi croire que vous vous trompez, que nous nous verrons souvent au contraire, et que notre connaissance deviendra bientôt une solide amitié.
L'autre hocha la tête à plusieurs reprises.
—Monsieur le comte, dit-il enfin, vous êtes gentilhomme, riche et bien posé dans le monde, moi je ne suis qu'un aventurier, dont vous ignorez la vie passée et dont à peine vous savez le nom, en supposant que celui que je porte en ce moment soit le véritable; nos positions sont trop différentes, il y a entre nous une ligne de démarcation trop nettement tranchée, pour que nous puissions être vis-à-vis l'un de l'autre sur un pied d'égalité convenable. Aussitôt que nous serons rentrés dans les exigences de la vie civilisée; je suis plus âgé que vous, j'ai une plus grande expérience du monde, je ne tarderai pas à vous être à charge; n'insistez donc pas sur ce sujet et restons chacun à notre place. Cela, soyez-en convaincu, vaudra mieux et pour vous et pour moi; je suis en ce moment plutôt votre guide que votre ami, cette position est la seule qui me convienne; laissez-la moi.
Le comte se préparait à répondre, mais Olivier lui saisit vivement le bras.
—Silence, lui dit-il, écoutez...
—Je n'entends rien, fit le jeune homme au bout d'un instant.
—C'est juste, reprit l'autre avec un sourire, vos oreilles ne sont pas comme les miennes ouvertes à tous les bruits qui troublent le silence du désert: une voiture s'approche rapidement du côté d'Orizaba, elle suit la même route que nous; bientôt vous la verrez paraître, je distingue parfaitement le tintement des grelots des mules.
—C'est sans doute la diligence de la Veracruz, dans laquelle sont mes domestiques et mes bagages et que nous ne précédons que de quelques heures.
—Peut-être oui, peut-être non, je serais étonné qu'elle nous eût rejoint aussi vite.
—Que nous importe, dit le comte.