Ce fut en roulant toutes ces pensées et bien d'autres dans sa tête, que le comte sortit de chez lui, traversa la cour, et se rendit à l'appartement de doña Dolores.
Il remarqua, sans y attacher grande importance, que plusieurs chevaux sellés et bridés attendaient dans la cour, maintenus par des peones.
A la porte de l'appartement se tenait une jeune Indienne, au minois chiffonné et aux yeux brillants, qui le reçut avec un sourire et une grande révérence en lui faisant signe d'entrer.
Le comte la suivit; la camériste traversa plusieurs salles de plein-pied élégamment meublées, et finalement, elle releva une portière de crêpe de Chine blanc brodé de grandes fleurs de toutes couleurs, et introduisit, sans prononcer un mot, le comte dans un délicieux boudoir, meublé tout en laque de Chine.
Doña Dolores, à demi couchée sur un hamac en fil d'aloès, s'amusait à agacer une jolie perruche grosse comme la moitié du poing en riant comme une folle des cris de colère du petit animal.
La jeune fille était charmante ainsi; jamais le comte ne l'avait vue si belle. Après l'avoir saluée profondément, il s'arrêta sur le seuil de la porte en proie à une admiration mêlée d'une stupéfaction si grande, que doña Dolores, après l'avoir un instant regardé, ne put retenir son sérieux et partit d'un franc éclat de rire.
—Pardonnez-moi, mon cousin, lui dit-elle, mais vous faites une si singulière figure en ce moment, que je n'ai pu m'empêcher...
—Riez, riez ma cousine, répondit le jeune homme, en prenant aussitôt son parti de cette gaîté à laquelle il était si loin de s'attendre, je suis heureux de vous voir d'aussi bonne humeur.
—Ne restez-donc pas là, mon cousin, reprit-elle; tenez, venez vous asseoir ici, près de moi, sur cette butaca, et de son doigt rosé elle lui indiqua un fauteuil.
Le jeune homme obéit.