—C'est à moi de vous remercier, mon cousin, pour votre extrême obligeance; les chevaux sont sellés, vous portez à ravir le costume mexicain, allez chausser vos éperons, prévenez votre valet de chambre qu'il doit vous accompagner, armez-vous surtout, cela est important, car on ne sait jamais ce qui peut arriver, et revenez dans dix minutes, je serai prête à partir.
Le comte se leva, salua la jeune fille, qui lui répondit par un gracieux sourire et sortit.
—Pardieu, murmura-t-il dès qu'il se trouva seul, voilà qui est charmant, et la mission qu'elle me destine est réjouissante; je me fais l'effet d'accompagner tout simplement ma délicieuse cousine à quelque rendez-vous d'amour! Mais le moyen de lui rien refuser, je ne l'avais pas encore aussi bien vue qu'aujourd'hui. Sur mon âme, c'est un ravissant lutin, et si je n'y prends garde, je pourrais bien finir par en devenir amoureux, si ce n'est fait déjà, ajouta-t-il avec un soupir étouffé!
Il rentra chez lui, ordonna à Raimbaut de se préparer à le suivre, ce que le digne serviteur fit avec cette ponctualité et ce mutisme qui le distinguaient, et après avoir bouclé à ses talons de lourds éperons en argent, jeté un zarapé sur ses épaules, il choisit un double fusil, un sabre droit, une paire de revolvers à six coups et, ainsi armé, il se rendit dans le patio. Raimbaut, à son exemple, s'était muni d'un arsenal complet.
Les deux hommes étaient ainsi sans exagération en mesure de faire face, le cas échéant, à une quinzaine de bandits.
Doña Dolores attendait, déjà en selle, l'arrivée du comte; elle causait avec son père.
Don Andrés de la Cruz se frottait joyeusement les mains; la bonne entente des jeunes gens le ravissait.
—Ainsi vous allez faire une promenade? dit-il au comte, je vous souhaite beaucoup de plaisir.
—La señorita a daigné m'offrir de l'accompagner, répondit Ludovic.
—Elle a parfaitement fait, son choix ne pouvait être meilleur.