Rue Boulegon, j’ai déjà noté que Cézanne s’était plaint des reflets rouges d’une cheminée voisine. Voici qu’à l’atelier du chemin des Lauves, il tombe sur des reflets verts, projetés par les oliviers et les figuiers! A son ami, M. Rougier, serrurier d’art (à qui l’on doit maintes belles œuvres dans toute la Provence), et qui l’accompagne ce jour-là, il montre ses mains: «Vous voyez! s’écrie-t-il. Là! ces reflets verts!» et, tout de suite, il enrage, il se traite d’imbécile et parle de repartir pour Paris. On le calme enfin, en lui disant qu’on enlèvera les arbres.
Dans cet atelier, chaque fois que le temps sera inclément Cézanne, désormais, viendra travailler. Et, comme partout, il encombrera bientôt cet atelier de photographies, de couleurs, de cartons, de feuilles à dessin, de fruits qui se dessècheront ou pourriront, de fleurs qui se faneront, d’étoffes dont le tas grossira de jour en jour.
Il y aura partout des œuvres commencées, des aquarelles qui infligeront de redoutables hernies à de pacifiques cartons; et, sans répit, Cézanne aggravera ce désordre de choses, ne permettant à personne, d’ailleurs, d’y apporter un changement.
Par un jour de novembre de l’année 1914, j’ai voulu revoir cet ancien atelier de Cézanne. Logis maintenant clos et abandonné. De longanimes et lourds R. A. T. vinrent me dévisager, puis ils repartirent. Toujours la patriotique flamme de ce terrible Midi!
Du chemin des Lauves, près de l’atelier de Cézanne, Aix luisait sous un ciel bleu et chaud,—on eût dit d’été. Des toits, des pins et des arbres rouillés. On voyait, construit à la manière de Cézanne, tout un ensemble: la tour de la Cathédrale, le clocher de Saint-Jean de Malte; puis, des envols de fumées, la montagne de Notre-Dame des Anges, le Mont-Aiguet, et les collines de Septèmes et celles de Simiane et de Gardanne.
Tout cela chantait, comme un beau paysage, dans l’or des platanes, dans le vert lourd des sapins. Aix était descendu de la Montagne, vers la rivière Arc. Au temps de Marius, Aix se tenait là-haut, nid d’aigles qui saignèrent les Teutons dans la plaine de la Montagne virginale, la Sainte-Victoire.
Puis j’ai considéré encore la bastide de Cézanne. Les volets gris étaient clos; le crépi était jaune sale. Les tuiles avaient une couleur d’ocre rouge; et la large baie de l’atelier gardait toujours son grillage, utile défense contre les pierres des gamins aixois.
Dans le jardin qui descend jusqu’au canal, il y a des oliviers, des amandiers, des ronces, des pommiers et des cerisiers qui poussent maintenant à l’abandon. Je regarde plus attentivement la porte d’entrée, une porte charretière; c’est par là que passait Cézanne, un haut peintre que l’on disait déséquilibré, et qui avait l’air, en effet, d’un de ces vieux vagabonds que rejettent les maisons centrales, aux approches de l’été.