Il fut un temps où Rodin se trouva aux prises avec cette immortelle quatrième. Il rêvait alors de donner tout son génie à la Ville; de la gratifier d’admirables statues! Mais, en ce temps-là, la quatrième était présidée par un ex-cordonnier, dont je veux taire le nom, qui entraînait les artistes tambour battant.
Il est vrai que si on ne leur donnait que des prix de famine, on n’exigeait d’eux que des besognes vaines. Rodin ne pouvait vraiment, dans ces conditions-là, plaire!
Tout de même, un jour, il se trouva en présence du cordonnier-président, qui lui tint à peu près ce langage:
«Monsieur, on vient de me dire que vous avez du talent! Çà, je le verrai bientôt, car je suis un connaisseur, moi! Eh bien! il faudrait, à essai, nous fabriquer quelque chose dans les... un mètre, un mètre cinquante! Les esquisses, moi, je ne m’en soucie pas! J’aime une chose fignolée, finie, poussée à fond! Tenez, je reçois tous les mardis; venez chez moi un matin, je vous montrerai ma galerie. J’ai tous les maîtres; j’ai une peinture de M. Cabanel et une autre de M. Cormon. Il faut que vous connaissiez cela! Mais, auparavant, exécutez votre «œuvre». Tenez, apportez-la ici, dans un mois!»
Et le président-cordonnier se leva.
Rodin modela pour la façade de l’Hôtel de Ville une statue perdue au milieu de toutes les autres; et il s’en tint là. Il ne put jamais trouver le courage de visiter la galerie du bouif municipal. Ce fut le motif de son exclusion à vie de toutes les commandes aussi municipales qu’officielles.
Cette histoire, je dirais à la Boquillon, si un génie n’y était pas mêlé,—et que j’ai écourtée,—je la donne comme rigoureusement authentique. Elle montre pleinement dans quelle irréfrénable imbécillité culbute la Ville, quand, par ses représentants, elle se veut mêler d’une autre chose que de sa voirie ou de ses promenades et plantations.
A MEUDON. UN COIN
DU HALL-MUSÉE