Mais ce qui me paraît inadmissible, c’est la mesure tout à fait exceptionnelle qu’on soumet à notre approbation, et dont n’ont encore été l’objet jusqu’alors aucun de nos plus puissants génies artistiques.
Les circonstances qui ont amené le Gouvernement à nous faire cette proposition sont, d’ailleurs, des plus singulières.
Je n’ai pas l’intention de faire à cette tribune l’historique de l’hôtel Biron depuis qu’il a été attribué à l’Administration des Beaux-Arts; il faut, pour cela, la fine, spirituelle et aimable éloquence de notre ami, M. Léon Bérard, et je suis convaincu qu’il se fera un devoir d’apporter à la Chambre les indications précises et intéressantes qu’il a déjà fournies à la Commission de l’Enseignement.
S’il fait ici un exposé aussi sévère, un grand nombre de nos collègues se refuseront à voter le projet qui nous est proposé et dont l’origine est plutôt singulière.
M. André Lebey.—Pas du tout.
M. Jules-Louis Breton.—Il vous dira, en effet, qu’à son arrivée au sous-secrétariat des Beaux-Arts, l’hôtel Biron était occupé par plusieurs locataires et qu’il eut quelques difficultés à les faire déménager. En ce qui concerne M. Rodin, ce fut même chose tout à fait impossible. Et c’est parce qu’elle ne put le faire partir, que l’Administration des Beaux-Arts nous propose aujourd’hui de lui donner définitivement l’hôtel Biron.
Voilà, en deux mots, l’historique de la question qui se pose devant vous.
Il me paraît, en tous cas, extrêmement dangereux, pour nos belles traditions artistiques, pour notre action artistique dans le monde, que le Gouvernement et le Parlement français semblent donner, sans aucune réserve, leur approbation à l’œuvre d’un artiste qui, certes, a un grand talent, mais qui s’est livré trop souvent à des manifestations tapageuses...
M. André Lebey.—Vous ne pouvez dire cela sérieusement.
M. Jules-Louis Breton.—...et excessives, qui ont eu la plus déplorable influence sur l’orientation artistique de ces dernières années. (Applaudissements.)