M. le rapporteur.—J’aime mieux cette foi que l’autre.

M. Jules Delahaye.—Le P. Lacordaire, qui bravait volontiers, lui aussi, les critiques et les railleries de son temps, a prononcé, un jour, ce mot sublime sur les lèvres d’un aussi grand orateur, d’un artiste aussi rare: «Sachez que je n’ai pas le sentiment du ridicule.»

Un membre à gauche.—Il pouvait se permettre cela.

M. Jules Delahaye.—Comme le P. Lacordaire, comme M. Rodin, l’honorable M. Simyan ne me paraît pas non plus avoir le sentiment du ridicule.

M. le rapporteur.—Je ne l’ai pas le moins du monde.

M. Jules Delahaye.—Mais il n’en saurait être de même pour un Gouvernement d’opinion, pour une Chambre de députés.

Au moment de ressusciter la vieille institution des peintres du roi, des sculpteurs de la reine, au moment de leur réserver, non seulement les principales commandes de l’État, comme au temps de la monarchie, mais de leur donner encore des monuments historiques pour installer leur atelier, leur musée, une sorte d’hymne à leur génie ne saurait leur suffire.

Il faut aussi un peu d’esprit critique, un contrôle moins superficiel et surtout moins partial pour les convaincre d’engager les deniers de l’État, d’aliéner le domaine public, de désigner les peintres et les sculpteurs de la République.

L’esprit critique et le contrôle sévère, c’est ce qui pouvait manquer, sinon à l’honorable M. Simyan, du moins à son rapport, sur l’acceptation définitive de la donation de M. Rodin.

Il n’est pas difficile à des ministres de trouver des fonctionnaires, fussent-ils conservateurs des musées nationaux et architectes du Gouvernement, pour présenter des évaluations d’actif de 2.086.505 francs en face d’évaluations de 13.150 francs. On n’a qu’à leur dire préalablement que les richesses ainsi inventoriées sont «inestimables». Mais il n’est besoin que de percevoir les articles de semblables devis, de pareils bilans, pour en apercevoir les omissions volontaires, les complaisances ordonnées et les futures surprises. Il n’est besoin que de lire, en particulier, les conditions résolutives et révocatrices du contrat, pour en pressentir l’éventuel danger. Jugez-en par ces seules dispositions: