La horde des locataires ne se plaignait naturellement pas de cet état de choses; et les espions, eux, se croyaient revenus au beau temps de Blücher.
C’est alors qu’un sculpteur se présenta et loua la rotonde du rez-de-chaussée.
L’HOTEL BIRON ENFIN RÉHABILITÉ.—ON EN EXPULSE LES
LOCATAIRES.—DÉMOLITION DES ANNEXES.
Enfin, l’hôtel Biron, du fait de cette auguste présence, était réhabilité.
Bientôt, on ne répéta même que ceci: «Rodin s’est installé à l’hôtel Biron»;—et l’on oublia peu à peu les autres locataires.
Rodin était venu, lui, à son tour, rue de Varenne, parce que, depuis longtemps, il se trouvait très à l’étroit dans ses ateliers de la rue de l’Université, au dépôt dit des Marbres. Le formidable labeur que depuis tant d’années il s’imposait, avait accumulé tant de statues et tant de bustes, que lui et ses praticiens ne pouvaient plus bouger, surtout quand ils s’aventuraient dans l’atelier où se dresse la Porte de l’Enfer.
Dès son arrivée à l’hôtel Biron, Rodin fut conquis par les salles hautes, spacieuses, par le sauvage décor du parc; et, bien qu’il sût l’existence même de l’hôtel menacée, il se jeta de nouveau dans le travail, avec la frénésie qui est toute sa vie.
Bientôt, il occupa tout le rez-de-chaussée de l’hôtel. Mais la précarité de son installation était absolue; la vigilante Administration savait, à tout instant, rappeler que, du jour au lendemain, Rodin et les autres locataires pouvaient recevoir leur congé.
Un jour, même, tous les occupants, y compris Rodin, furent avisés qu’ils avaient à se chercher ailleurs un autre gîte. On récrimina: peine perdue. Un huissier vint et signifia la volonté de l’Administration. Un délai, toutefois, fut accordé à Rodin.