«Il avait, dit, en l’enviant, un contemporain, le secret de ne pas payer un seul de ses créanciers.»

Noble figure!

Abraham l’admirait; et, d’autre part, il aimait.

Car Fargès avait une fille, alors âgée de seize ans; et l’oiselle, de son côté, se secouait aux œillades du valet de chambre. A son tour, elle aima.

Abraham, lui, ne perdit point de temps; il engrossa la donzelle, et si nettement que le mariage fut imposé, forcé; Fargès témoignant, en toutes occasions, on s’en doute, d’une tenace horreur du scandale.

C’était comme débuts pour Abraham un coup de maître; car il avait à peine vingt-deux ans, l’avisé frise-toupet.

Law opérait en ce moment à Paris. Tentante aubaine! Lesté de l’argent fourni par la fille Fargès, Abraham, nous raconte-t-on avec un plaisir manifeste, «se mit à brocanter et à négocier sur la place. Il avait plus de mauvaises affaires que de bonnes, mais, comme il n’avait rien à risquer, il hasarda tout dans le Système»; et la Fortune lui ouvrant les bras à son tour, il la viola et la détroussa.

Dès 1719, il se gonfla millionnaire, à peine âgé de vingt-six ans.

Mais il y avait, sur-le-champ, encore mieux à faire: s’anoblir!

Voilà donc Abraham Peyrenc en quête d’un titre à acheter, cherchant une terre, un nom sur le point de s’éteindre.