L'habitant de la forêt ressentait une joie réelle de la présence du voyageur; cependant il redevenait de temps en temps sombre et pensif… Tout annonçait qu'il avait dans l'âme de tristes souvenirs qui sommeillaient quelquefois, mais dont le réveil était toujours douloureux.

Les deux Français parlèrent d'abord de la France, et bientôt ils conversèrent ensemble comme deux amis.

— Qui peut vous amener dans ce désert? dit le solitaire au voyageur.

LE VOYAGEUR.

Je cherche une contrée qui me plaise… Je viens de parcourir un pays qui me semble charmant… Oh! j'ai vu de beaux lacs, de belles forêts, de belles prairies!…

LE SOLITAIRE.

Mais où allez-vous?

LE VOYAGEUR.

Je ne sais pas encore. Cette solitude me remplit d'émotions… je n'en ai point encore vu qui me séduise autant; la vie doit s'écouler douce et paisible dans ce lieu. Je serais tenté de m'y arrêter.

LE SOLITAIRE.