XXIII

«En Amérique, on n'estime des sciences que leur application. On étudie les arts utiles, mais non les beaux-arts.

«L'Allemagne, la France, inventent des théories; aux États-Unis on les met en pratique; ici on ne rêve point, on agit. Tout le monde aspire au même but, le bien-être matériel; et comme c'est l'argent qui en est la source, c'est l'argent seul qu'on poursuit.

XXIV

«Lorsque dans ce pays on fait de la littérature, c'est encore de l'industrie. Il n'existe là ni école classique, ni romantique. On ne connaît que l'école commerciale, celle des écrivains qui rédigent des gazettes, des pamphlets, des annonces, et qui vendent des idées, comme un autre vend des étoffes. Leur cabinet est un comptoir, leur esprit une denrée; chaque article a son tarif; ils vous diront au juste ce que coûte un enthousiasme imprimé.

XXV

«Ces marchands intellectuels vivent entre eux dans de fort bons rapports. L'un soutient les principes politiques de M. Clay; l'autre, ceux du général Jackson; le premier est unitaire, le second presbytérien; celui-ci est démocrate, celui-là fédéraliste; un troisième se montre l'ardent défenseur de la morale religieuse; un autre protège la morale philosophique de miss Wright.

XXVI

«Tous sont amis entre eux, se querellant quelquefois pour les personnes, jamais pour les principes.

«Chacun ne doit-il pas librement exercer son industrie? la dernière loi du congrès vous semble sage: rien de mieux; moi, je la trouve insensée; vous soutenez que notre président est un profond politique, à merveille; je suis en train de démontrer qu'il ignore l'art de gouverner; vous poussez à la démocratie, moi je lutte contre elle. La société marche-t-elle à sa perfection? ou tend-elle à sa décadence?