XL
«La religion, si féconde en poétiques harmonies, ne porte au coeur des Américains ni inspiration, ni enthousiasme. L'habitant des États-Unis aime, dans son culte, non ce qui parle à l'âme, mais seulement ce qui s'adresse à sa raison; il l'aime comme principe d'ordre, et non comme source de douces émotions. L'Italien est religieux en artiste; l'Américain l'est en homme rangé.
XLI
«Les cultes chrétiens sont d'ailleurs trop divisés en Amérique, pour fournir aux beaux-arts des sujets d'un intérêt général: la secte des quakers, simple et modeste, ne se bâtira point des palais somptueux; qu'importent à l'église méthodiste les admirables sermons de M. Channings, ministre des unitaires? Si la communion baptiste élève quelque monument à sa croyance, de quel intérêt sera-ce pour les presbytériens?
«À la place de l'unité religieuse qui règne en France depuis quinze siècles, supposez mille sectes dissidentes, vous n'aurez à cette heure ni grandes églises, ni grands orateurs chrétiens, ni Notre-Dame, ni Bossuet.
XLII
«Les congrégations protestantes n'ont point, pour se rassembler, des temples magnifiques, décorés de statues et de tableaux; elles s'enferment dans de simples maisons, bâties sans luxe et à peu de frais. Le plus splendide parmi leurs édifices religieux se montre soutenu par quelques colonnes de bois peint: c'est là leur Parthénon. Ôtez à l'Amérique son Capitole, expression poétique de son orgueil national, et la Banque des États-Unis, expression poétique de sa passion pour l'argent, il ne restera pas dans ce pays un seul édifice qui présente l'aspect d'un monument.
XLIII
«Tout, aux États-Unis, procède de l'industrie, et tout y va… mais à la différence du sang qui s'échauffe en allant au coeur, tous les élans, en atteignant l'industrie, se refroidissent à ce coeur glacé de la société américaine.