À force de bavarder, Gorju se fit un nom. Peut-être qu'on le porterait à l'Assemblée.
M. de Faverges y pensait comme lui,—tout en cherchant à ne pas se compromettre. Les conservateurs balançaient entre Foureau et Marescot. Mais le notaire tenant à son étude, Foureau fut choisi—un rustre, un crétin. Le docteur s'en indigna.
Fruit sec des concours, il regrettait Paris—et c'était la conscience de sa vie manquée qui lui donnait un air morose. Une carrière plus vaste allait se développer—quelle revanche! Il rédigea une profession de foi et vint la lire à messieurs Bouvard et Pécuchet.
Ils l'en félicitèrent; leurs doctrines étaient les mêmes.
Cependant, ils écrivaient mieux, connaissaient l'histoire, pouvaient aussi bien que lui figurer à la Chambre. Pourquoi pas? Mais lequel devait se présenter? Et une lutte de délicatesse s'engagea. Pécuchet préférait à lui-même, son ami. Non! non, ça te revient! tu as plus de prestance!—Peut-être répondait Bouvard mais toi plus de toupet! Et sans résoudre la difficulté, ils dressèrent des plans de conduite.
Ce vertige de la députation en avait gagné d'autres. Le Capitaine y rêvait sous son bonnet de police, tout en fumant sa bouffarde; et l'instituteur aussi, dans son école, et le curé aussi entre deux prières—tellement que parfois il se surprenait les yeux au ciel, en train de dire: Faites, ô mon Dieu! que je sois député!
Le Docteur, ayant reçu des encouragements, se rendit chez Heurtaux, et lui exposa les chances qu'il avait.
Le capitaine n'y mit pas de façons. Vaucorbeil était connu sans doute; mais peu chéri de ses confrères, et spécialement des pharmaciens. Tous clabauderaient contre lui; le peuple ne voulait pas d'un Monsieur; ses meilleurs malades le quitteraient;—et ayant pesé ces arguments, le médecin regretta sa faiblesse.
Dès qu'il fut parti, Heurtaux alla voir Placquevent. Entre vieux militaires on s'oblige! Mais le garde champêtre, tout dévoué à Foureau, refusa net de le servir.
Le curé démontra à M. de Faverges que l'heure n'était pas venue. Il fallait donner à la République le temps de s'user.