Les réponses aux autres questions manquèrent, tant l'alphabet était compliqué. Mieux valait la Planchette, moyen expéditif et dont Mlle Laverrière s'était servie pour noter sur un album les communications directes de Louis XII, Clémence Isaure, Franklin, Jean-Jacques Rousseau, etc. Ces mécaniques se vendaient rue d'Aumale; M. Alfred en promit une, puis s'adressant à la sous-maîtresse:
—Mais pour le quart d'heure, un peu de piano, n'est-ce pas? une mazurka!
Deux accords plaqués vibrèrent. Il prit sa cousine à la taille, disparut avec elle, revint. On était rafraîchi par le vent de la robe qui frôlait les portes en passant. Elle se renversait la tête, il arrondissait son bras. On admirait la grâce de l'une, l'air fringant de l'autre; et sans attendre les petits fours, Pécuchet se retira, ébahi de la soirée.
Il eut beau répéter:—Mais j'ai vu! Bouvard niait les faits et néanmoins consentit à expérimenter, lui-même.
Pendant quinze jours, ils passèrent leurs après-midi en face l'un de l'autre les mains sur une table, puis sur un chapeau, sur une corbeille, sur des assiettes. Tous ces objets demeurèrent immobiles.
Le phénomène des tables tournantes n'en est pas moins certain. Le vulgaire l'attribue à des Esprits, Faraday au prolongement de l'action nerveuse, Chevreul à l'inconscience des efforts, ou peut-être, comme admet Ségouin, se dégage-t-il de l'assemblage des personnes une impulsion, un courant magnétique?
Cette hypothèse fit rêver Pécuchet. Il prit dans sa bibliothèque le
Guide du magnétiseur par Montacabère, le relut attentivement, et initia
Bouvard à la théorie.
Tous les corps animés reçoivent et communiquent l'influence des astres, propriété analogue à la vertu de l'aimant. En dirigeant cette force on peut guérir les malades, voilà le principe. La science, depuis Mesmer, s'est développée;—mais il importe toujours de verser le fluide et de faire des passes qui, premièrement, doivent endormir.
—Eh bien, endors-moi dit Bouvard.
—Impossible répliqua Pécuchet pour subir l'action magnétique et pour la transmettre la foi est indispensable. Puis considérant Bouvard:—Ah! quel dommage!