Dès les premiers jours, il leur confia un secret. Sur la bruyère de Poligny, autrefois, un homme avait trouvé un lingot d'or. L'anecdote est rapportée dans les historiens de Falaise; ils ignoraient la suite: douze frères avant de partir pour un voyage avaient caché douze lingots pareils, tout le long de la route, depuis Chavignolles jusqu'à Bretteville;—et Marcel supplia ses maîtres de commencer les recherches. Ces lingots, se dirent-ils, avaient peut-être été enfouis au moment de l'émigration.
C'était le cas d'employer la baguette divinatoire. Les vertus en sont douteuses. Ils étudièrent la question, cependant;—et apprirent qu'un certain Pierre Garnier donne pour les défendre des raisons scientifiques: les sources et les métaux projetteraient des corpuscules en affinité avec le bois.
Cela n'est guère probable. Qui sait, pourtant? Essayons!
Ils se taillèrent une fourchette de coudrier—et un matin partirent à la découverte du trésor.
—Il faudra le rendre dit Bouvard.
—Ah! non! par exemple!
Après trois heures de marche, une réflexion les arrêta: La route de Chavignolles à Bretteville!—était-ce l'ancienne, ou la nouvelle? Ce devait être l'ancienne?
Ils rebroussèrent chemin—et parcoururent les alentours, au hasard, le tracé de la vieille route n'étant pas facile à reconnaître.
Marcel courait de droite et de gauche, comme un épagneul en chasse; toutes les cinq minutes, Bouvard était contraint de le rappeler; Pécuchet avançait pas à pas, tenant la baguette par les deux branches, la pointe en haut. Souvent il lui semblait qu'une force, et comme un crampon, la tirait vers le sol;—et Marcel bien vite faisait une entaille aux arbres voisins pour retrouver la place plus tard.
Pécuchet cependant se ralentissait. Sa bouche s'ouvrit, ses prunelles se convulsèrent. Bouvard l'interpella, le secoua par les épaules; il ne remua pas, et demeurait inerte, absolument comme la Barbée.