Il indiqua comment pratiquer l'expérience sur des poules, enfourcha son bidet, et disparut lentement.
Une demi-lieue plus loin, ils remarquèrent un objet pyramidal, dressé à l'horizon, dans une cour de ferme—on aurait dit une grappe de raisin noir monstrueuse, piquée de points rouges çà et là. C'était suivant l'usage normand, un long mât garni de traverses où juchaient des dindes se rengorgeant au soleil.
—Entrons et Pécuchet aborda le fermier qui consentit à leur demande.
Avec du blanc d'Espagne, ils tracèrent une ligne au milieu du pressoir, lièrent les pattes d'un dindon, puis l'étendirent à plat ventre, le bec posé sur la raie. La bête ferma les yeux, et bientôt sembla morte. Il en fut de même des autres. Bouvard les repassait vivement à Pécuchet, qui les rangeait de côté dès qu'elles étaient engourdies. Les gens de la ferme témoignèrent des inquiétudes. La maîtresse cria; une petite fille pleurait.
Bouvard détacha toutes les volailles. Elles se ranimaient, progressivement; mais on ne savait pas les conséquences. À une objection un peu rêche de Pécuchet le fermier empoigna sa fourche.
—Filez, nom de Dieu! ou je vous crève la paillasse!
Ils détalèrent.
N'importe! le problème était résolu; l'extase dépend d'une cause matérielle.
Qu'est donc la matière? Qu'est-ce que l'Esprit? D'où vient l'influence de l'une sur l'autre, et réciproquement?
Pour s'en rendre compte, ils firent des recherches dans Voltaire, dans Bossuet, dans Fénelon—et même ils reprirent un abonnement à un cabinet de lecture.