Ayant retrouvé au fond d'un gilet une cigarette Raspail, ils l'émiettèrent sur de l'eau et le camphre tourna.

Voilà donc le mouvement dans la matière! un degré supérieur du mouvement amènerait la vie.

Mais si la matière en mouvement suffisait à créer les êtres, ils ne seraient pas si variés. Car il n'existait à l'origine, ni terres, ni eaux, ni hommes, ni plantes. Qu'est donc cette matière primordiale, qu'on n'a jamais vue, qui n'est rien des choses du monde, et qui les a toutes produites?

Quelquefois ils avaient besoin d'un livre. Dumouchel, fatigué de les servir, ne leur répondait plus, et ils s'acharnaient à la question, principalement Pécuchet.

Son besoin de vérité devenait une soif ardente.

Ému des discours de Bouvard, il lâchait le spiritualisme, le reprenait bientôt pour le quitter, et s'écriait la tête dans les mains: Oh! le doute! le doute! j'aimerais mieux le néant!

Bouvard apercevait l'insuffisance du matérialisme, et tâchait de s'y retenir, déclarant, du reste, qu'il en perdait la boule.

Ils commençaient des raisonnements sur une base solide. Elle croulait;—et tout à coup plus d'idée,—comme une mouche s'envole, dès qu'on veut la saisir.

Pendant les soirs d'hiver, ils causaient dans le muséum, au coin du feu, en regardant les charbons. Le vent qui sifflait dans le corridor faisait trembler les carreaux, les masses noires des arbres se balançaient, et la tristesse de la nuit augmentait le sérieux de leurs pensées.

Bouvard, de temps à autre, allait jusqu'au bout de l'appartement, puis revenait. Les flambeaux et les bassines contre les murs posaient sur le sol des ombres obliques; et le saint Pierre, vu de profil, étalait au plafond, la silhouette de son nez, pareille à un monstrueux cor de chasse.