—Parfait dit Bouvard mais le monde supprimé, les preuves manqueront pour l'existence de Dieu.

Pécuchet se récria, et longuement, bien qu'il eût un rhume de cerveau, causé par l'iodure de potassium;—et une fièvre permanente contribuait à son exaltation. Bouvard, s'en inquiétant, fit venir le médecin.

Vaucorbeil ordonna du sirop d'orange avec l'iodure, et pour plus tard des bains de cinabre.

—À quoi bon? reprit Pécuchet. Un jour ou l'autre, la forme s'en ira.
L'essence ne périt pas!

—Sans doute dit le médecin la matière est indestructible! Cependant…

—Mais non! mais non! L'indestructible, c'est l'être. Ce corps qui est là devant moi, le vôtre, docteur, m'empêche de connaître votre personne, n'est pour ainsi dire qu'un vêtement, ou plutôt un masque.

Vaucorbeil le crut fou.—Bonsoir! Soignez votre masque!

Pécuchet n'enraya pas. Il se procura une introduction à la philosophie hégélienne, et voulut l'expliquer à Bouvard.

—Tout ce qui est rationnel est réel. Il n'y a même de réel que l'idée. Les lois de l'Esprit sont les lois de l'univers; la raison de l'homme est identique à celle de Dieu.

Bouvard feignait de comprendre.