Bouvard en resta mélancolique. Quelqu'un désirait sa mort; et cette réflexion lui inspira des pensées graves, des idées de Dieu, et d'éternité.

Trois jours après M. Jeufroy les invita au repas de cérémonie qu'il donnait une fois par an à des collègues.

Le dîner commença vers deux heures de l'après-midi, pour finir à onze du soir. On y but du poiré, on y débita des calembours. L'abbé Pruneau composa séance tenante un acrostiche, M. Bougon fit des tours de cartes, et Cerpet, jeune vicaire, chanta une petite romance qui frisait la galanterie. Un pareil milieu divertit Bouvard. Il fut moins sombre le lendemain.

Le curé vint le voir fréquemment. Il présentait la Religion sous des couleurs gracieuses. Que risque-t-on, du reste?—et Bouvard consentit bientôt à s'approcher de la sainte table. Pécuchet, en même temps que lui, participerait au sacrement.

Le grand jour arriva.

L'église, à cause des premières communions était pleine de monde. Les bourgeois et les bourgeoises encombraient leurs bancs, et le menu peuple se tenait debout par derrière, ou dans le jubé, au-dessus de la porte.

Ce qui allait se passer tout à l'heure était inexplicable, songeait Bouvard; mais la Raison ne suffit pas à comprendre certaines choses. De très grands hommes ont admis celle-là. Autant faire comme eux. Et dans une sorte d'engourdissement, il contemplait l'autel, l'encensoir, les flambeaux, la tête un peu vide car il n'avait rien mangé—et éprouvait une singulière faiblesse.

Pécuchet en méditant la Passion de Jésus-Christ s'excitait à des élans d'amour. Il aurait voulu lui offrir son âme, celle des autres—et les ravissements, les transports, les illuminations des saints, tous les êtres, l'univers entier. Bien qu'il priât avec ferveur, les différentes parties de la messe lui semblèrent un peu longues.

Enfin, les petits garçons s'agenouillèrent sur la première marche de l'autel, formant avec leurs habits, une bande noire, que surmontaient inégalement des chevelures blondes ou brunes. Les petites filles les remplacèrent, ayant sous leurs couronnes, des voiles qui tombaient; de loin, on aurait dit un alignement de nuées blanches au fond du choeur.

Puis ce fut le tour des grandes personnes.