Le maigre paletot de Pécuchet n'avait plus un fil de sec. L'eau coulait le long de son échine, entrait dans ses bottes, dans ses oreilles, dans ses yeux, malgré la visière de la casquette Amoros. Le curé, en portant d'un bras la queue de sa soutane, se découvrait les jambes, et les pointes de son tricorne crachaient l'eau sur ses épaules comme des gargouilles de cathédrale.

Il fallut s'arrêter, et tournant leur dos à la tempête, ils restèrent face à face, ventre contre ventre, en tenant à quatre mains le parapluie qui oscillait.

M. Jeufroy n'avait pas interrompu la défense des catholiques.

—Ont-ils crucifié vos protestants, comme le fut saint Siméon, ou fait dévorer un homme par deux tigres comme il advint à saint Ignace?

—Mais comptez-vous pour quelque chose, tant de femmes séparées de leurs maris, d'enfants arrachés à leurs mères! Et les exils des pauvres, à travers la neige, au milieu des précipices! On les entassait dans les prisons; à peine morts on les traînait sur la claie.

L'abbé ricana:—Vous me permettrez de n'en rien croire! Et nos martyrs à nous sont moins douteux. Sainte Blandine a été livrée dans un filet à une vache furieuse. Sainte Julie périt assommée de coups. Saint Taraque, saint Probus et saint Andronic, on leur a brisé les dents avec un marteau, déchiré les côtes avec des peignes de fer, traversé les mains avec des clous rougis, enlevé la peau du crâne!

—Vous exagérez dit Pécuchet. La mort des martyrs était dans ce temps-là une amplification de rhétorique!

—Comment de la rhétorique?

—Mais oui! tandis que moi, monsieur, je vous raconte de l'histoire. Les catholiques en Irlande éventrèrent des femmes enceintes pour prendre leurs enfants!

—Jamais.