—Je vous arrête! s'écria Pécuchet. Les mots contravention, crime et délit ne valent rien.—Prendre la peine, pour classer les faits punissables, c'est prendre une base arbitraire. Autant dire aux citoyens: Ne vous inquiétez pas de la valeur de vos actions. Elle n'est déterminée que par le châtiment du Pouvoir; du reste, le Code pénal me paraît une oeuvre irrationnelle, sans principes.
—Cela se peut, répondit Coulon. Et il allait prononcer son jugement:
Attendu…
Mais Foureau qui était ministère public se leva. On avait outragé le garde dans l'exercice de ses fonctions. Si on ne respecte pas les propriétés, tout est perdu. Bref, plaise à M. le juge de paix d'appliquer le maximum de la peine.
Elle fut de dix francs, sous forme de dommages et intérêts envers Sorel.
—Très bien prononça Bouvard.
Coulon n'avait pas fini:—Les condamne à cinq francs d'amende comme coupables de la contravention relevée par le ministère public.
Pécuchet se tourna vers l'auditoire: L'amende est une bagatelle pour le riche mais un désastre pour le pauvre. Moi, ça ne me fait rien! Et il avait l'air de narguer le tribunal.
—Je m'étonne, dit Coulon, que des Messieurs d'esprit…
—La loi vous dispense d'en avoir répliqua Pécuchet. Le juge de paix siège indéfiniment, tandis que le juge de la cour suprême est réputé capable jusqu'à soixante-quinze ans,—et celui de première instance ne l'est plus à soixante-dix.
Mais sur un geste de Foureau, Placquevent s'avança. Ils protestèrent.